Macron et Le Pen : la sortie du politique ?



Patrick Buisson a présenté une analyse de l’élection présidentielle dans Le Point de cette semaine. Il affirme que « Macron et Le Pen sont les candidats de la sortie du politique ». Il pense que le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. Mais ce ne serait pas le principal ressort du vote. Les candidats commettraient l’erreur de considérer les électeurs comme des consommateurs. Cette conception libérale fait croire que les électeurs s’intéressent uniquement à leurs intérêts économiques. Patrick Buisson pense que les électeurs sont sensibles à la transcendance collective. Les Français se perçoivent aussi comme un peuple en devenir. Patrick Buisson affirme : « Ils veulent qu’on les ravitaille en espérance et même en utopie ».


L’exemple d’Emmanuel Macron est instructif. Il a été ministre de l’Économie d’un président qui ne s’est pas représenté faute d’avoir réussi à inverser la courbe du chômage. Mais ce mauvais bilan n’a pas empêché Emmanuel Macron de gagner la présidentielle. Le « en même temps » macronien ne vise pas à additionner la droite et la gauche ; mais à les neutraliser. L’offre politique d’Emmanuel Macron cherche à éviter le conflit des uns contre les autres. La volonté de dépasser le clivage gauche-droite est une façon de sortir du politique.


Patrick Buisson affirme au sujet de Marine Le Pen : « C’est à un véritable aggiornamento idéologique qu’elle s’est livrée en abandonnant les ressorts mythologiques et émotionnels du roman national au profit d’une posture gestionnaire ». Sa stratégie de dédiabolisation a conduit à un discours économique et technique. Elle a voulu démontrer que les critiques sur son incompétence étaient infondées. Le social et la protection ont été mis en avant à la place de la question nationale. Marine Le Pen est volontairement apparue comme une bonne mère de famille. Mais elle a ouvert une opportunité pour une autre candidature de droite.


Éric Zemmour a insisté sur la nécessaire continuité du roman national. La France devrait pouvoir rester la France. Il a popularisé le concept de grand remplacement. Il a rappelé que l’Histoire est tragique. Il a dévoilé les dangers qui menaceraient les Français. Mais face aux prophètes de malheurs, la majeure partie de la bourgeoisie préfère temporiser. Le déclenchement de la guerre en Ukraine a accru le sentiment anxiogène. Patrick Buisson précise : « Il était fatal qu’on en vînt à confondre le message et le messager et que ce dernier finît par faire figure d’épouvantail ».


Patrick Buisson est pessimiste pour l’avenir. Il estime que l’esquive du président sortant au premier tour n’a pas permis au débat démocratique de s’épanouir correctement. Le vote protestataire est en progression constante mais il débouche sur un faible nombre de députés. Patrick Buisson constate : « Le gouffre abyssal entre représentés et représentants ne cesse de se creuser. Notre démocratie n’exprime plus la loi du nombre mais la loi du petit nombre ». On peut se demander combien de temps les Français accepteront cette situation. Une éventuelle crise économique pourrait accentuer la crise de légitimité des dirigeants.

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